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jeudi 22 mai 2014

Charles X et l'exil : « Bon voyage Monsieur Dumollet ».

Historique et datation
Cette lithographie anonyme a probablement été réalisée en 1830, dans les semaines qui suivirent l'abdication puis le départ de Charles X pour l'Angleterre. Elle fait partie de l'importante collection du baron Carl de Vinck, léguée à la Bibliothèque Nationale de France.

Description et analyse
Le dessin offre une représentation classique de Charles X dans la caricature libérale de la fin de son règne. Le roi est représenté avec la calotte d'un ecclésiastique, rappelant le récent caractère dévot de l'ancien débauché qu'il était avant la Révolution - les deux principales sources d'attaques et de moqueries à son encontre dès son retour en France en 1814. Son attachement à la religion et à ses principes, son sacre où il fit montre d'une très grande piété, la loi sur le sacrilège et ses liens avec ce qu'on appelait le parti prêtre lui valurent les foudres des caricaturistes qui aimaient aussi à le représenter en évêque. Cette image est inhérente à la quasi totalité des caricatures le concernant.

Probablement datée de juillet ou août 1830, quelques semaines après son abdication et son exil vers l'Angleterre, la lithographie montre un Roi seul, sur le départ, avec le même sourire benêt dont il est souvent affublé dans la caricature (avec ses dents en avant). Cette représentation ajoute à sa supposée bêtise et son caractère propre à subir toutes les situations. Avec son cheval sans allure, on pense à Don Quichotte (il avait déjà été représenté sous les traits du personnage de Cervantès lors de son entrée à Paris en 1814).

Le titre, Bon voyage Mr. Dumollet, fait référence à une chanson populaire issue d'un vaudeville de Désaugiers, Le départ pour Saint-Malo, créé au Théâtre des Variétés en 1809. La chanson fut très vite populaire et l'auteur de la caricature représente Charles X en Monsieur Dumollet, quittant sa ville où il a « souffert mille et mille tourments ». Son abdication, que l'on expliquait encore en 1830 comme le résultat de la colère populaire, peut être considéré comme la réponse au couplet final de la chanson :
« Pour vous plaire, le voilà prêt,
A rétablir ici son domicile,
Faites connaître à Dumollet,
S'il doit rester ou faire son paquet. » 
Accessibilité
Elle est aujourd'hui disponible en consultation à la Bibliothèque Nationale de France (Paris, 75013) et en ligne sur son site internet.

Images





Sources - Bibliographie - Internet
. Marc-Antoine-Madeleine Desaugiers, Le départ pour Saint-Malo..., Paris, Masson, 1809.
. Lithographie Bon voyage Mr. Dumollet sur le site de la BNF.
. Une interprétation contemporaine de Bon voyage Monsieur Dumollet (1958)

lundi 19 mai 2014

« La famille royale » (estampe, 1816)

Historique et datation
Cette estampe anonyme est datée de 1816, soit la deuxième année de la Seconde Restauration (1815-1830). Publiée chez l'éditeur parisien Gautier (quai des augustins), elle fait partie de l'importante collection du baron Carl de Vinck, léguée à la Bibliothèque Nationale de France.

Description et analyse
Elle met en scène, de gauche à droite : Monsieur, le comte d'Artois ; le roi de France Louis XVIII ; Marie-Caroline, duchesse de Berry (épouse du duc de Berry) ; Marie-Thérèse, duchesse d'Angoulême (épouse du duc d'Angoulême et fille de Louis XVI), le duc d'Angoulême (premier fils du comte d'Artois) et le duc de Berry (second fils du comte d'Artois).

Cette estampe de 1816 est l'une des nombreuses représentations de la famille royale des débuts de la Restauration. Récemment revenue au pouvoir après la chute de Napoléon Ier, grâce aux manœuvres politiques de Talleyrand et à la bonne volonté des souverains européens désireux de paix, elle doit rappeler à la population qu'elle doit surtout son retour à la légitimité de son nom. Elle veut montrer l'image d'une famille heureuse, fière, qui impose une autorité (l'imposante assise de Louis XVIII) légitimée (le buste d'Henri IV).

Plus encore, l'idée principale est ici la continuité. Avec le comte d'Artois d'abord, Monsieur frère du roi (depuis la mort de Louis XVII en 1795) et appelé à régner à la mort de Louis XVIII sans descendance. Le futur Charles X est accompagné de ses deux fils, eux même représentants de la succession dynastique. La duchesse d'Angoulême, si ce n'est pas notifié dans la légende, est la fille de Louis XVI et rappelle par sa présence le douloureux souvenir du roi martyr.

Enfin, l'estampe montre par le détail - non anodin - la volonté politique de la famille royale de se légitimer par l'Histoire. Le buste d'Henri IV, souverain revisité et mythifié sous la Restauration, apparaît comme la « figure tutélaire de la royauté bourbonienne¹ », présente dans toutes les manifestations d'ampleur de la famille royale. Les années qui succèdent à l'empire réinventent le siècle du « bon roi Henri » en idéalisant un règne d'union et de bonheur nationaux que retrouveraient, après la période révolutionnaire, ses descendants directs. Cette image prosélytique et idéalisée du fondateur de la dynastie a perduré jusqu'à nos jours.

Accessibilité
Elle est aujourd'hui disponible en consultation à la Bibliothèque Nationale de France (à Paris, 75013) et en ligne sur son site internet.

Images







Sources - Bibliographie - Internet
. Corinne et Eric Perrin-Saminadayar (dir.), Imaginaire et représentations des entrées royales au XIXe siècle : une sémiologie du pouvoir politique, Saint-Etienne, PUSE, 2006.
. Estampe La Famille Royale sur le site de la BNF.

Références
¹ Perrin-Saminadayar 2006, p. 20.

dimanche 18 mai 2014

Le comte d'Artois dans "Les Adieux à la Reine" (2012)

Le film de Benoît Jacquot Les Adieux à la Reine (2012) offre une courte représentation des trois frères et derniers Rois de France : Xavier Beauvois en Louis XVI, Grégory Gadebois en comte de Provence (futur Louis XVIII) et Francis Leplay en comte d'Artois (futur Charles X). Ce dernier est peu présent (il paraît plus âgé que Provence !) et son seul éclat est d'implorer à genoux le départ de son frère souverain. Du reste, le film est plutôt réussi.




Personnage de deuxième voire troisième rang dans le film, difficile de se faire une opinion sur cette incarnation cinématographique du comte d'Artois, si ce n'est que la ressemblance physique est très lointaine. Il faut reconnaître, par ailleurs, que le visage de ce personnage historique n'est probablement pas connu de la majorité des spectateurs.

Fiche technique
Titre original : Les adieux à la Reine
Date de sortie : 15 mars 2012
Réalisateur : Benoit Jacquot
Scénariste : Benoit Jacquot et Gilles Taurand, d'après l'oeuvre de Chantal Thomas
Producteur : Jean-Pierre Guérin
DVD : septembre 2012, Ad Vitam

samedi 17 mai 2014

Buste de Charles X (Musée des Invalides)

Historique et datation
Ce buste est signé Louis-Stanislas Raviro et a probablement été réalisé d'après un original de François-Joseph Bosio présenté au salon de 1824. Il est sans doute daté de 1824 ou 1825.

Description et analyse
Ce buste, réalisé en bronze, présente la particularité de montrer le nouveau souverain avec le collier de l'Ordre de la Toison d'Or - ordre de chevalerie fondé au XVe siècle par Philippe III de Bourgogne dit le Bon et dissous en septembre 1813 par l'empereur Napoléon Ier. Plus classiquement, il arbore également la plaque de l'Ordre du Saint-Esprit - fondé par Henri III en 1578 et dissous en 1791.

Ces décorations datent de l'Ancien Régime et montrent un souverain qui assurent la pérennité d'ordres anciens dont il avait été décoré, de par son statut de fils de France, avant la Révolution Française - en 1761 en ce qui concerne la Toison d'Or, par le Roi Charles III d'Espagne, en même temps que son frère, le duc de Berry (futur Louis XVI). L'Ordre du Saint-Esprit fut rétabli avec Louis XVIII dès 1814 et une grande cérémonie de décorations fut organisée lors des journées du sacre de Charles X à Reims en 1825.

Cette importance des ordres d'Ancien Régime montre une volonté politique de Charles X d'incarner la continuité des représentations symboliques de la monarchie, perdues lors de la Révolution et de l'Empire. Pour autant, la cérémonie de décorations de 1825 montre une autre volonté plus conjoncturelle de nommer chevaliers commandeurs des hommes qui avaient servis l'Empire avec zèle (dont l'opportuniste maréchal Soult).

Accessibilité
Le buste est aujourd'hui visible au Musée de l'armée des Invalides à Paris (75007) dans la salle n°38 consacrée à la Seconde Restauration, dans le département De Louis XIV à Napoléon III.

Photographies


Sources - Bibliographie - Internet

jeudi 20 décembre 2012

Buste de Charles X (Versailles)

Buste de Charles X en marbre (1825) par François-Joseph Bosio. Visible au Château de Versailles.